Interview x Caroline VIGNEAUX

[ Secrets d’éloquence   –   Épisode 5/6 ]

 

 

 

« L’éloquence peut vous aider

à réaliser vos rêves !  »

 

 

 

 

ADEKWA Avocats - Caroline VIGNEAUX 01

 

 

 

 

Caroline Vigneaux a prêté serment en 2000 et porté la robe noire jusqu’en 2008.

Depuis, elle sillonne la France entière : éloquente et décapante, elle a changé de tenue pour enfiler avec succès le costume de comédienne.

Plus facile de faire rire le public que de convaincre le juge ?

Réponse !

 

 

 

 

|  propos recueillis par Victor MOLLET, Dircom ADEKWA Avocats  |

Directeur de la Rédaction d’AUDIENCE

 

 

 

 

Quelle est votre définition de l’éloquence ?

C V : C’est, pour moi, l’art de se faire entendre. Et cette définition s’est précisée entre le moment où j’étais avocate et le moment où j’ai commencé à monter sur scène. Quand j’étais plus jeune, je connaissais et comprenais le pouvoir de l’éloquence, sans pouvoir le nommer vraiment. Je comprenais qu’en parlant bien on pouvait faire des choses qu’on ne pouvait pas faire quand on s’exprimait mal mais ça n’allait pas plus loin. Ma véritable découverte de l’éloquence s’est réalisée au travers du concours la Conférence du barreau de Paris, l’un des plus prestigieux concours d’éloquence en France, concours que j’ai passé et que j’ai eu pour finalement devenir secrétaire de cette Conférence.

 

 

L’éloquence, est-ce plutôt de l’ordre de l’inné ou de l’acquis ?

C V : Je pense sincèrement que l’éloquence se travaille. Quelqu’un qui n’est pas spécialement doué avec la parole peut devenir éloquent. Après, une fois qu’on a dit ça, comme dans tous les arts, car l’éloquence est un art, il y a des génies, des gens pour qui l’éloquence est naturelle et qui ont un véritable don. L’éloquence, c’est comme la peinture ou le cinéma : tout le monde peut en faire mais il y a chez certains une touche en plus, qui vient d’un dieu, d’une force suprême ou de je ne sais qui… Mais, encore une fois, pour les gens chez qui ce n’est pas inné, ce n’est pas un fatalisme, ça se travaille !

 

 

L’éloquence est-elle selon vous indépendante du physique ?

C V : L’éloquence n’a pour moi rien à voir avec le physique. Rien, et dieu merci d’ailleurs ! L’éloquence sort de la tête, de la bouche. Quel que soit votre physique, vous pouvez être éloquent. Quelqu’un comme Gainsbourg, qui n’avait pas un physique très reluisant, c’est aussi ce qui a fait sa force et c’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’il est devenu si éloquent. D’une certaine façon, il comblait un manque lié à son physique. Comme Sarkozy : s’il a ou avait autant de hargne et qu’il a réussi à monter là où il est allé, c’est parce qu’il lui manquait des centimètres ! C’est une sorte de revanche. Oui, une femme fluette avec une voix très aiguë, ce sera sans doute plus difficile pour elle de se faire entendre qu’un homme imposant avec une grosse voix mais ce n’est absolument pas rédhibitoire. L’éloquence, ce n’est pas simplement savoir se faire entendre. Le physique peut donc servir mais paradoxalement un physique peu avantageux peut être une force. Qu’on soit grand ou petit, gros ou maigre, beau ou laid, il faut savoir mettre son physique au service de l’éloquence. Les mots frapperont d’autant plus fort.  

 

 

L’humour constitue-t-il une « arme de choc » ?

C V : Ah oui ! Je pense que c’est même la meilleure arme qui soit pour faire passer ses idées. Avec l’humour on peut faire passer des choses qui seraient prises de manière frontale si on les aborder sérieusement. C’est d’ailleurs ce que je fais et j’adore ça ! Je peux me permettre de parler de sujets qui me touchent comme les femmes battues. En parler sérieusement, c’est franchement rébarbatif et finalement assez peu constructif. Je parle aussi du viol dans mes spectacles, en faisant rire et sourire. Avec l’humour, je sais et je sens que le message passe.

 

 

À l’heure où le politiquement correct tend à devenir omnipotent, peut-on selon vous encore rire de tout ?

C V : Je pense qu’il faut surtout absolument rire de tout. Il ne faut justement pas laisser gagner le politiquement correct, sinon nous n’aurons plus le droit que de faire des blagues sur la pluie qui mouille… Quand vous faites une vanne, il y aura toujours quelqu’un qui sera plus touché qu’un autre, de manière positive ou négative. Oui, c’est beaucoup plus facile de rire quand on se moque de son voisin que quand on se moque de soi, mais c’est aussi une force que de savoir rire de soi. Dans mes spectacles, je me moque tellement des autres que je me réserve aussi une bonne partie pour me moquer de moi. Il n’y a pas de raison que je m’épargne. Quelque part, je montre la voie. C’est plus ou moins facile mais c’est essentiel. 

 

 

Dans ce contexte, est-il selon vous plus difficile d’être un humoriste aujourd’hui qu’hier ?

C V : Non, pas forcément plus difficile. Je pense simplement que les terrains sur lesquels nous pouvons rire et rions évoluent. On entend souvent dire «  Oui mais avant, untel ou untel faisait des blagues qu’on ne pourrait plus faire aujourd’hui…  ». C’est vrai. D’un autre côté, à cette époque, on ne pouvait pas se moquer des politiques. Taper sur le général De Gaulle ? C’était juste impensable ! L’humour évolue avec son époque. Quand une évolution est bonne, il faut la suivre. Quand elle est mauvaise, il faut se battre contre.

Aujourd’hui, je trouve qu’on est en train de sectoriser l’humour. Les noirs font de l’humour sur les noirs, les juifs sur les juifs, les arabes sur les arabes…comme pour être certain de ne pas pouvoir être taxés de racisme. Comme si le fait de faire une vanne vous rendait complice de ce que vous disiez. Le problème étant que certains humoristes qui sortent des sentiers battus savent très bien le faire et pour lesquels il n’y a aucun doute sur le fait qu’ils manient l’ironie alors que d’autres ratent et on a alors l’impression qu’ils parlent au premier degré. Quelque part, les humoristes ont une part de responsabilité. Mais il n’y a pas de fatalité ! C’est en croyant en ce que l’on fait et en se battant qu’on fait bouger les lignes.

 

 

Quels sont les orateurs qui vous impressionnent ?

C V : Quand j’entends votre question, j’ai envie de penser à «  oratrice  » mais tous les noms qui me viennent sont masculins. Je vais quand même dire Simone Veil. Je ne pense pas que ce soit la meilleure des oratrices, loin de là, mais malgré tout, ce que j’admire chez elle, notamment lorsque elle a prononcé son discours sur l’IVG à l’Assemblée nationale, c’est sa manière de parler, de ne pas dévier de sa pensée, de rester calme. C’est aussi une forme d’éloquence que de savoir à quel moment on peut vitupérer en tapant du poing ou au contraire avoir une gestuelle délicate et parler avec douceur et finesse. Après, il y a de très grands orateurs comme Martin Luther King ou Winston Churchill, qui savaient non seulement prononcer des discours exceptionnels mais avaient aussi un art extraordinaire de la formule. Pour finir, j’aimerais vous parler de présidents ou politiques français mais c’est un peu compliqué (rires) !

 

 

Quelle est votre meilleur souvenir ou votre plus belle anecdote d’avocate ?

C V : Mon plus beau souvenir, c’est ma prestation de serment, et particulièrement ce moment où j’avais la robe, où j’ai levé la main et pendant lequel j’ai ressenti, comme me le disait mon patron, qu’avocat, ce n’est pas un métier, ce n’est pas une profession, c’est un état. Et le fait de dire « Je le jure ! », c’est une sensation nerveuse grandiose, une impression de rentrer dans une magnifique famille. Je me suis sentie vivre. Je me suis sentie investie d’une mission. Je sentais que le poids de la robe signifiait beaucoup, qu’il fallait maintenant que je défende des gens. On ressent rarement ce genre de choses-là dans une vie.

 

 

Pourquoi avez-vous décidé, en 2008, de ranger définitivement votre robe pour entamer cette reconversion étonnante et réussie ?

C V : Parce que je vais mourir. Parce que vous allez mourir. Parce que nous allons tous mourir. On a qu’une seule vie et comme le dit très bien Confucius, en fait, on a deux vies mais la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une. À cette époque, j’ai perdu mon grand-père, j’ai réalisé que j’étais mortelle et je me suis rendu compte que j’en étais déjà presque à la moitié de ma vie et que le fait d’être avocate était génial mais que ça ne suffisait pas à remplir ma vie totalement. Une carrière entière en tant qu’avocate ne m’aurait pas satisfaite. Il y a tellement de choses à faire dans une vie que j’avais envie de faire et de voir autre chose. Je faisais du théâtre, je faisais des blagues pour la revue de l’UJA (Union des jeunes avocats, ndlr) et je me suis rendu compte que j’adorais faire rire. Je me suis donc dit que j’allais arrêter de défendre les gens mais que j’allais plutôt les faire rire, avec en tête la même envie de faire bouger les choses, plus dans les prétoires mais dans les salles de spectacle.

 

 

Quel regard portez-vous sur ce choix dix ans après ?

C V : Je me sens vivante ! Aujourd’hui, je pilote entièrement ma vie, c’est merveilleux. C’est pour ça que j’ai fait ce choix et je ne le regrette pas. Mais cela a un prix, ce n’est pas une vie qui est facile, c’est beaucoup d’angoisses, de doutes et de solitude. On ne s’en rend pas forcément compte, parce que sur scène, il y a énormément de monde en face de vous, mais une fois que le rideau tombe, vous êtes seul. C’est assez étrange. C’est un vrai prix à payer.

 

 

Avez-vous le trac avant de monter sur scène ?

C V : Oui, toujours. J’ai des douleurs au ventre et le trac me serre l’estomac. C’est physiquement assez terrible. Un avocat qui a déjà plaidé aux assises peut connaître cette sensation. Quand vous êtes aux assises, juste avant de prendre la parole, quand vous entendez « Maître, nous vous écoutons ! », je peux vous assurer que vous êtes à deux doigts de vous évanouir. Vous pensez que vous allez tomber en vous levant tellement vos jambes sont fébriles. Vous prenez la parole et, au bout d’une minute, il n’y a plus un gramme de trac ! Après, on s’envole… Et quand ça marche, quand on a l’audience dans la main, c’est merveilleux !

Malheureusement, je ne pense pas qu’il y ait de remède contre le trac. Et tant mieux car je pense qu’il faut avoir le trac. Le trac est nourrissant, il vous donne ce petit plus d’énergie et vous force à être plus fort que lui.

 

 

Laissez-vous une place à l’improvisation une fois montée sur scène ?

C V : Une place énorme ! C’est ma raison de vivre. Avec moi, chaque soir c’est différent ! Je pose beaucoup de questions au public. Et comme les lieux et les réponses sont à chaque fois différents, c’est toujours quelque chose de nouveau et de spontané. Je joue aussi en fonction de ce qui se passe dans la salle. L’autre jour, au théâtre, quelqu’un a fait tomber son mug de thé, j’ai fait dix minutes sur lui (rires) ! C’est un spectacle vivant et j’ai à chaque fois l’impression de partager un moment unique avec le public.

 

 

Comment résumeriez-vous votre nouveau spectacle, « Caroline Vigneaux s’échauffe » ?

C V : Comme son nom l’indique, c’est un échauffement. C’est le rodage. C’est quelque chose que je préparais depuis un an et demi. J’ai toujours trouvé insupportable, particulièrement quand j’étais plus jeune, le fait d’entendre que je ne pouvais pas faire telle ou telle chose parce que j’étais une fille. Comme si j’avais choisi d’être une fille ! Je veux bien qu’on m’explique que je ne peux pas faire quelque chose parce que je n’ai pas les capacités mais pas parce que je suis une fille ! J’écris des textes à mon image, avec un certain côté féministe, mais dans le bon sens du terme. Ce n’est vraiment pas quelque chose contre les hommes ! Je suis quand même une meuf qui prend la défense d’Orelsan (rires) ! Je suis vraiment là pour faire rire, pas pour donner des leçons !

 

 

Quels sont aujourd’hui vos prochains défis ?

C V : Aujourd’hui, avec ce nouveau spectacle, c’est comme si je sortais de la maternité. C’est comme un nouveau bébé pour moi. Et j’ai vraiment envie de réussir ce spectacle et toutes les dates que je pourrais faire ! C’est un grand défi car un deuxième spectacle, c’est la confirmation du premier. Tous les soirs c’est complet et les gens qui ont aimé mon précédent spectacle reviennent en espérant que ce soit aussi drôle. Il y a une attente et je ne veux surtout pas décevoir. 

 

 

Pour conclure, si vous deviez distiller une bonne parole, quelle serait-elle ?

C V : Il faut croire en soi ! Et le plus important est de réaliser ses rêves ! Il faut vraiment se donner les moyens d’y arriver et ne pas laisser la vie filer. Et l’éloquence peut justement vous aider et vous amener à réaliser vos rêves !  

 

 

 

 

 

 

 

CAROLINE VIGNEAUX

 

 

Portrait Chinois

 

Votre plus grande fierté ?

L’Olympia.

 

Votre plus grand regret ?

Que mon grand-père n’ait pas pu voir ça.

 

Votre devise préférée ?

Carpe diem.

 

Votre citation favorite ?

«  On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une  »,

de Confucius.

 

Une personnalité qui vous inspire ?

Jacqueline Maillan.

 

Un air de musique ?

«  Freedom  », de George Michael.

 

Un mot juste, fort ou d’exception ?

Passion.

 

Un mot qui tue ?

Fanatisme.

 

Un mot qui guérit ?

Pardon.

 

 

 

 

 

 

 

 

AUDIENCE #7 by ADEKWA Avocats 01

 

AUDIENCE #7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ADEKWA Avocats

Cabinet d’avocats

Lille  –  Douai  –  Valenciennes  –  Bordeaux