Interview x Francis HUSTER

[ Secrets d’éloquence   –   Épisode 3/6 ]

 

 

 

« Quand je joue, j’ai enfin l’impression

d’être vivant !  »

 

 

 

ADEKWA Avocats - Francis HUSTER 01

 

 

Francis Huster joue depuis cinquante ans des centaines de rôles sublimes et mémorables, à l’écran comme sur les planches, de Shakespeare à Molière, de la Comédie-Française à New York… D’inoubliables rôles, partagés avec des mythes du grand écran et des monstres sacrés du théâtre, qu’il porte encore en lui. Animé par une insatiable exaltation et mû par une inaltérable insoumission, Francis Huster, 70 ans, vit aujourd’hui sa passion plus intensément que jamais.

Rencontre.  

 

 

 

|  propos recueillis par Victor MOLLET, Dircom ADEKWA Avocats  |

Directeur de la Rédaction d’AUDIENCE

 

 

 

Quelle est votre définition de l’éloquence ?

F H : Pour moi, l’éloquence est un arbre. Un arbre dont les racines sont l’intelligence et la perception. Le tronc, c’est la droiture. Les branches, ce sont les convictions, les raisonnements. Certaines branches sont plutôt du côté de l’ironie et de la ruse, alors que d’autres sont du côté de la colère et de la rage. L’éloquence est comme un arbre qui peut pencher d’un côté ou d’un autre et qui permet de convaincre les autres. Vient parfois, malheureusement, un moment où cet arbre, venté par les a priori, peut s’écrouler et se déraciner.

L’éloquence, c’est persuader les gens qui vous écoutent. L’éloquence dit tout haut ce que la vérité n’ose pas dire.

 

 

Y-a-t-il selon vous un don inné ou des qualités requises spécifiques pour être éloquent ?

F H : Les deux ! L’éloquence, c’est suivre une ligne et ne jamais la quitter. L’éloquence est un ruban qui se déroule au fur et à mesure et qui doit aller d’un point à un autre. La meilleure définition que l’on pourrait donner de l’éloquence, ce serait peut-être de dire que c’est un itinéraire du raisonnement. L’éloquence peut s’apprendre, on peut apprendre à suivre un itinéraire, comme on peut apprendre à conduire. Ce qui ne s’apprend pas, c’est la perception des autres. Être en face d’une personne ou de plusieurs, et, en même temps, percevoir comment elle ou ils reçoivent ce que vous êtes en train de dire, est une immense force. On peut ainsi s’apercevoir que l’on n’a pas assez appuyé sur un point, et en rajouter, en remettre. Ou alors on comprend tout de suite que les gens ont perçu le sens de ce que l’on disait et alors, à ce moment-là, on peut au contraire être beaucoup plus stricte et beaucoup plus sobre. C’est cela, la véritable éloquence. Ce n’est pas une éloquence personnelle. C’est le reflet de son éloquence parmi les autres. Sinon, on est comme un joueur de tennis qui continuerait à jouer son jeu sans se soucier de son adversaire…

 

 

Vous-même, comment avez-vous été amené à monter sur scène et cultiver votre éloquence ?

F H : J’ai été amené à monter sur scène tout à fait par hasard. Je suis monté sur scène pour sauver ma vie, qui était alors un désastre, puisque j’avais été violé [Francis Huster a été victime d’un viol à l’âge de douze ans, ndlr] et que je n’avais plus rien à attendre de la vie. Il se trouve que le théâtre, qui permet de jouer un autre personnage que celui que vous êtes dans la vie, peut vous changer la vie. Ce qui m’a fait continuer à faire du théâtre ma profession, c’est le fait que j’ai pensé que le théâtre pouvait être une forme de justice. Grâce aux héros que j’interprétais, je pouvais changer la vie des gens. J’ai toujours pensé, et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai toujours accepté les médailles, les honneurs ou les récompenses, que, plus que moi-même, c’était plutôt les auteurs que j’avais servis qui les recevaient.

 

 

Et aujourd’hui, parvenez-vous à être vous-même au-delà des rôles que vous incarnez ?

F H : C’est une magnifique question. Je ne suis moi-même que lorsque j’interprète mes personnages. Je suis de moins en moins ouvert dans la vie de tous les jours. Je suis très replié, dans un ailleurs, comme une absence continuelle. Et quand je joue, j’ai enfin l’impression d’être vivant ! C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai fait ce spectacle, Le Théâtre, ma vie. Pour raconter comment le théâtre peut vous donner, non pas la possibilité de vous sortir de votre vie et d’en vivre d’autres, mais la possibilité de vivre vraiment votre vie. 

 

 

L’éloquence est-elle selon vous indépendante du physique ?

F H : Non, l’éloquence est tout à fait dépendante du physique. Non pas qu’il faille être beau ou laid mais, pour l’éloquence, tout le corps, dans son entier, doit répondre à ce que l’on dit. En même temps que de parler, on doit vivre ce que l’on dit. Dès l’instant où quelqu’un vit ce qu’il est en train de dire, il dépasse même le seuil de l’éloquence pour en venir à une dictature de la parole qui peut en venir à faire élire les forces du mal comme les forces du bien.

 

 

 

«  Quand on a l’impression qu’un acteur improvise,

c’est qu’il est un grand acteur  »

 

 

 

L’humour constitue-t-il une « arme de choc » ?

F H : Non, pour moi, l’humour est le clone de l’éloquence et ne la sert pas. L’humour est un scotch pour que les gens qui ne reçoivent pas l’éloquence puissent s’y raccrocher. Quand un avocat utilise l’humour, c’est qu’il sent qu’il vient de déraper. L’humour, c’est le virage de l’intelligence. L’éloquence, c’est rester au cœur d’une ligne droite.

 

 

À l’heure où le politiquement correct tend à devenir omnipotent, peut-on encore « tout dire » ?

F H : C’est une question critique. Personnellement, je ne suis pas pour que l’on puisse «  tout dire  ». Je suis pour que l’on puisse tout faire dire. Tout dire, c’est s’en tenir uniquement à la réalité des choses. Or, derrière la réalité des choses, autre chose se cache. Et, ce qui est important, c’est de dire ce qu’il se cache derrière cette réalité des choses.

 

 

Est-il plus difficile de monter sur scène aujourd’hui qu’hier ?

F H : Oui, il est beaucoup plus difficile de monter sur scène aujourd’hui. Pour une raison majeure, qui est d’ailleurs propres à toutes les sphères de la société, c’est qu’il n’y a plus de grands maîtres. Avant, les grands maîtres servaient de pôle. On pouvait se référer à eux. Pareil en politique : on pouvait se référer à De Gaulle, à Mitterrand, à Churchill… Aujourd’hui, il n’y en a plus ! Et le fait qu’il n’y en ait plus un seul dans l’histoire du monde moderne, c’est le talon d’Achille de notre époque. Parce que la place est libre. Aujourd’hui, le courage, ce n’est pas d’être en marche. C’est de sauter les obstacles. Parce qu’ils sont nombreux !

 

 

Quels sont les orateurs qui vous impressionnent ?

F H : Il y a pour moi deux sortes d’orateurs.

La première catégorie «  orative  », c’est-à-dire que de lui-même l’orateur «  orative  », sans même avoir écrit ce qu’il a à dire. Il le fait sur l’instant et un tel orateur joue sur le feeling. Ces orateurs sont des prédateurs, qui, par conviction et par charisme, ont l’air de véritablement penser ce qu’ils disent. Donald Trump et Emmanuel Macron sont de cette catégorie. À part les quelques pages préparées pour leurs discours et la construction de leurs propos, ils improvisent. Je les ai vu faire tous les deux. Il y a chez eux comme une certitude que c’est en étant libéré d’un texte imposé qu’ils peuvent aller au fond de leurs pensées. La preuve, c’est que l’on prend au premier degré ce qu’ils disent. Personne ne met en doute leur parole immédiate.

La deuxième catégorie est constituée d’orateurs qui, finalement, ne sont pas orateurs mais tribuns. Ils tiennent tribune et ne sont que des porteurs de voix, la leur ou celle de la personne qui a écrit leur texte. Ces gens ne sont pas des orateurs. Et le problème aujourd’hui, c’est que 99% de la classe politique s’est retrouvée en état d’être tribun.

Je ne dirais pas spécialement que j’affectionne la première catégorie d’orateurs mais, au moins, ils font avancer les choses. Je pense que si nos femmes et hommes politiques avaient tous cette trempe-là, nous irions beaucoup plus vite et beaucoup plus loin. Le problème c’est qu’en face, il n’y a aucun répondant.

 

 

Laissez-vous une place à l’improvisation dans l’appréhension de vos rôles et personnages ?

F H : Je ne laisse aucune place à l’improvisation. Improviser, c’est rajouter quelque chose. Pour moi, l’improvisation est du cabotinage. C’est ce qu’il y a en trop. Et quand on a l’impression qu’un acteur improvise, c’est qu’il est un grand acteur. Quand l’improvisation semble être une découverte sur le moment, un ressenti sur l’instant, alors on a affaire à un grand acteur. L’art de l’acteur, c’est de faire croire qu’il improvise. On n’a cessé de dire que les films de Claude Lellouche étaient improvisés. C’est totalement faux. Lellouche était avec sa caméra et pendant qu’il tournait, il nous indiquait la réplique à dire. Lui-même. Et tout d’un coup, au bout de cinq-dix minutes de prises, pendant qu’il tournait, il nous donnait ses instructions. Dire que c’est de l’improvisation, c’est faux. Les scénarios de Claude Lellouche ont toujours été écrits, construits de A à Z. Et c’est quand la scène était tournée telle qu’il l’avait imaginée, qu’à ce moment-là, il nous demandait de nous laisser aller. Et 99% du temps rien n’était dans le film… 

 

 

Avez-vous le trac avant d’entrer en scène ?

F H : Jamais ! L’adage qui veut que si vous n’avez pas de stress c’est que vous n’avez pas de talent est une phrase à la con ! Le trac ? C’est un mot qui a été inventé pour justifier l’erreur. C’est quelque chose de faux. Le trac n’existe pas. C’est la panique qui existe. Le trac est avancé comme excuse par les acteurs, comme si c’était quelque chose d’involontaire. « Vous comprenez, j’ai eu le trac. C’est pas ma faute j’avais le trac… ». Pas du tout ! C’est simplement une justification pour faire croire qu’ils ne sont pas responsables. La vérité, c’est qu’ils paniquent. Et pourquoi paniquent-ils ? Parce qu’ils n’ont pas fait leur travail ! Parce qu’ils ne sont pas sûr de ce qu’ils ont fait. Tout simplement parce qu’ils n’ont pas assez travaillé. Parce qu’ils doutent. Personnellement, je ne viens toujours dans ma loge qu’au dernier moment, juste avant de monter sur scène, simplement pour enfiler mon costume. Et le seul sentiment qui m’anime avant de monter sur scène, c’est le vide. Les acteurs qui ont le culot de dire, avant de monter sur scène, « Il faut que je me concentre, fermez-là ! », sont des imbéciles ! Peut-être faut-il que, pendant qu’ils jouent, le public aussi la ferme ? La concentration serait la drogue de l’acteur, la drogue du sportif, la drogue de l’élève… C’est une connerie totale ! Le problème des acteurs qui se concentrent, c’est qu’ils jouent avec eux-mêmes. Ils restent sur eux-mêmes. Ce sont des scaphandriers de la scène. Et ce sont pour moi les pires acteurs. Les pires…

 

 

 

«  L’éducation française est l’une des plus grandes

déceptions de ma vie  »

 

 

 

N’ayant jamais vraiment appris à parler à l’école, les Français sont souvent tancés pour leur incapacité à s’exprimer en public avec aisance. Notre système éducatif est-il à revoir ?

F H : Complétement. Je suis scandalisé par notre système éducatif. Pour une raison majeure : nous avons enlevé la quille aux élèves. On les laisse aller sur la flotte de l’éducation, en surface, on les charge, dans leur navire personnel, leur âme, d’érudition, de dix-mille morceaux de puzzle, sans qu’ils puissent en approfondir la moitié. Le nombre de matières que l’on a à apprendre est scandaleux. Et au lieu de s’occuper du fond, on ne s’occupe que de la forme. On se fout royalement de l’émotivité de l’élève et de son avis par rapport à un sujet donné, on n’en prend absolument pas compte. On en fait des moules. C’est une éducation élitiste, totalement à côté de la plaque. Les élèves se retrouvent totalement paumés. Et à treize, quatorze ou quinze ans, on leur fait prendre une destination qui n’est pas la leur. On les dévie de leur but. Et pour ce qui est du rapport de l’éducation avec la culture, je n’en parle même pas, c’est une honte. Et je pèse mes mots. Beaucoup plus que de moral, il faudrait une matière d’oral. Et c’est dans cette classe que les élèves apprendraient à s’exprimer. Apprendraient à être eux-mêmes. Apprendraient à se livrer.

 

 

Dans cette optique, si vous étiez ministre de l’Éducation, quelles mesures prendriez-vous immédiatement ?

F H : Je rendrais obligatoire des rencontres entre les parents d’élèves et les professeurs, pour une heure de cours hebdomadaire à destination de ces parents. Aujourd’hui, les parents ne viennent, tels des Ponce Pilate, qu’une fois par an et c’est fini !

J’imposerais également un service civil obligatoire de trois mois, avec l’obligation de faire un stage dans un hôpital, dans un service public, dans un service culturel, dans une usine… Et on mettrait  les jeunes en valeur ! À ce moment-là, et seulement à ce moment-là, nous pourrons dire que nous avons ouvert la porte à nos élèves. Et cela leur sauverait peut-être la vie. Aujourd’hui, tout n’est que du vent et des promesses non tenues. Je suis totalement révolté ! En l’état, l’éducation française est l’une des plus grandes déceptions de ma vie.

 

 

En 2017, vous publiez l’essai N’abandonnez jamais, ne renoncez à rien (Le Cherche midi)… Pourquoi ce livre ?

F H : Pour précéder l’ouvrage que j’écris depuis une vingtaine d’années et qui sera le Dictionnaire amoureux de Molière, à l’instar de Pierre Menès, qui fera le dictionnaire amoureux du football. Je vais donner la parole à Barrault, qui lui-même avait donné sa parole à Jouvet. Le livre paraîtra au printemps 2019, la particularité étant que je l’ai écrit seul. Je suis personnellement scandalisé de découvrir des encyclopédies de mille pages qui, quand bien même elles ne sont signées que par un seul auteur, sont en réalité l’œuvre de plus d’une centaine de personnes… Quand les éditions Plon m’ont proposé de réaliser ce dictionnaire amoureux de Molière, je leur ai dit que j’accepterais à une seule condition : celle de réaliser ce dictionnaire de A à Z. De A à Z ! On m’a rétorqué que j’étais fou, que je n’y arriverais jamais… Je l’ai fait ! Et l’originalité de ce dictionnaire, c’est qu’il sera non pas conçu comme un dictionnaire alphabétique classique, puisque je l’ai classé non pas par lettre mais par qualité humaine : tendresse, lâcheté, courage, passion… Il y aura tout sur Molière ! Et, au-delà de la critique, que j’accepterai volontiers, quiconque s’opposera à ce que je dis dans ce dictionnaire sera traîné en justice ! Et je dois dire que je ne mâche pas mes mots. On a écrit tellement de conneries sur Molière ! On a tellement détourné et menti sur sa vie…

Et parallèlement à la sortie de ce livre, je jouerai une pièce, tout simplement intitulée Molière.

 

 

Vous avez accordé une pièce de théâtre (Dans la peau d’Albert Camus) et un livre (Un combat pour la gloire) à Albert Camus. Que vous inspire-t-il ?

F H : J’ai passé trente ans de ma vie sur Camus, à le jouer, mille et une fois, avec à la clé un million de spectateurs à travers le monde. Camus est pour moi l’homme fatal. L’exacte pendant de la femme fatale. Qu’est-ce qu’une femme fatale ? C’est celle qui n’échappe pas à son destin, qui vous fait partager son destin tragique. Camus, c’est l’homme qui regarde d’une façon horizontale, en opposition à ce que l’on apprend justement de manière verticale à l’école. La verticalité, c’est lever la tête vers le maître, le professeur, ou Dieu, puis de la baisser quand on a honte ou quand on a tort. L’horizontalité, c’est refuser de lever la tête vers l’autre, refuser de la baisser, et regarder l’horizon, qui constitue le but d’une vie, et de tout faire pour rejoindre cet horizon, en ayant conscience que plus on se rapproche de l’horizon, plus il s’éloigne. C’est cela, le véritable sens de la vie de Camus. C’est aller vers l’horizon en sachant que l’on ne l’atteindra jamais. Et quand on sait qu’on ne peut atteindre les choses, alors on dit l’essentiel. Voilà pourquoi j’ai passé tant d’années avec Camus.

La modernité de Camus vient du fait que s’il était vivant aujourd’hui, il serait l’homme à abattre. L’homme fatal à abattre ! Et par le pouvoir politique, et par le pouvoir religieux. Parce que ces deux pouvoirs sont des pouvoirs de verticalité, qui admettent la soumission et le respect, qui sont une seule et même chose, la soumission étant le propre de la dictature et le respect celui des ordres. À l’inverse, l’homme fatal, sous les quolibets des autres, fait avancer le monde.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à mon sens, la robe de l’avocat est nécessaire. Ce n’est pas un cabotinage ou une «  gugusserie  » ! L’avocat représente ce qu’il y a de plus rare dans l’histoire du monde : la parole. Et cette parole-là, on n’a pas le droit de la violer. L’avocat, vêtu de cette couleur noire, refuse l’arc-en-ciel du mensonge.

 

 

Que représente justement pour vous la figure de l’avocat ?

F H : Un avocat, c’est pour moi quelqu’un qui donne à son client une sorte de procès, entre l’opinion et le conseil. Le conseil, c’est quand l’avocat donne justement à son client, avec suffisamment d’éloquence, un conseil à suivre. Le client n’a pas à discuter. C’est de ce constat que vient le terme prodigieux «  avocat-conseil  ». L’avocat-conseil n’admet aucune discussion. Et puis, il y a une deuxième sorte d’avocat : celui qui hésite face à la personnalité de son client. À ce moment-là, c’est une épine et c’est tout à fait différent : l’opinion se partage. Le plus important à mon sens, ce n’est pas le conseil, qui est quelque chose de pragmatique, c’est l’opinion. L’opinion, c’est ce qui fait la force des avocats par rapport aux juges. Les juges ne doivent avoir aucune opinion. Et c’est ce qui fait la responsabilité de la justice : d’un côté un avocat qui a une opinion et de l’autre un juge qui ne s’appuie que sur les conseils qu’on lui donne, qu’on lui soumet par le dossier.

Cela étant dit, un avocat qui s’exprime avec son client, un avocat qui s’exprime en cour de justice, et un avocat qui s’exprime devant les médias, ce n’est pas le même métier. Et je suis personnellement très choqué des interviews et des déclarations d’avocats, célèbres ou non, qui apparaissent de manière très sourde dans les médias, alors que leur affaire est en cours. Je suis absolument contre. Je suis sidéré, alors qu’un procès n’est pas terminé, qu’un avocat puisse faire des déclarations. Finalement, c’est presque influencer le jury. Et d’une façon qui n’est pas forcément positive pour l’avocat d’ailleurs. Les déclarations qu’un avocat a à faire, c’est dans la cour de justice. Sinon, allons jusqu’au bout : retransmettons ce qu’il se passe à l’intérieur de la cour de justice ! Et pour les familles, quelles que soient les positions, autant pour les familles des victimes que pour les familles des présumés coupables ou innocents, cette médiatisation est une horreur. Une horreur ! À ce moment-là, l’éloquence de l’avocat devient presque une manipulation. C’est très dangereux.

 

 

 

«  Je suis sidéré, alors qu’un procès n’est pas terminé,

qu’un avocat puisse faire des déclarations  »

 

 

 

À l’instar d’Albert Camus, vous vous passionnez pour le ballon rond. Pour quelle raison affectionnez-vous ce sport, souvent moqué par les élites ?

F H : Camus disait que le seul endroit où il était heureux, c’est lorsqu’il était sur une scène de théâtre ou dans un stade de football. Je pense personnellement que le football est le sport parfait parce qu’il ressemble à la vie et qu’il en a toutes les horreurs, les injustices, et les éclats du merveilleux. Un match de football, c’est onze joueurs contre joueurs avec, au milieu, un arbitre qui, comme la police ou la justice, peut se tromper. Le footballeur triche, il tire le maillot, il insulte l’autre, il fait semblant d’être blessé, le joueur blessé sort alors que celui qui l’a blessé reste sur le terrain… C’est un sport de voleurs et de tricheurs. Et c’est exactement la vie ! Tout ce qui est football est vrai et est la vie. Et c’est pour cette raison que le football est le sport universel. 

 

 

Quels équipes ou joueurs ont vos faveurs ?

F H : J’ai beaucoup de respect pour Mourinho [entraîneur de Manchester United, ndlr], pour Conte [entraîneur de Chelsea, ndlr] et pour Arsenal, dirigé depuis des années par un français, Arsène Wenger. Et je tire également un grand coup de chapeau à Zidane ! Plus généralement, je pense que dans une équipe, il faut absolument un patron. Sur le banc et, surtout, sur le terrain. C’est pour cette raison que le PSG ne gagne pas la Ligue des champions ou que la France n’a pas gagné l’Euro 2016 et qu’elle ne gagnera pas la coupe du monde cet été en Russie. Je défie quiconque de me dire qui est actuellement le patron au sein de l’équipe de France. Lloris ? Il n’a pas à être capitaine de l’équipe de France. C’est de la folie douce ! La capitaine de l’équipe doit être un véritable patron. Le capitaine, c’est celui qui pèse sur l’arbitre, pas dans ses buts !

 

 

D’ailleurs, quelle place occuperiez-vous dans une équipe de foot ?

F H : Avant-centre, place que j’ai toujours occupée, avec le numéro neuf. Pourquoi ? Parce que c’est le poste qui demande de dépasser la ligne rouge. Ce n’est pas un poste d’architecture à l’intérieur du terrain comme Pierre Menès pouvait l’occuper lorsqu’il jouait avec moi à une époque, avec beaucoup de talent. Personnellement, je suis plutôt le Clint Eastwood, le finisseur !

 

 

Si vous aviez à organiser un « dîner de cons » aujourd’hui, qui inviteriez-vous ?

F H : Kad Merad, Dany Boon et Gad Elmaleh ! Tout simplement parce que ce sont trois acteurs prodigieux mais qu’ils ont abandonné Molière. Ces trois acteurs ne font pas leur devoir. Ils sont peut-être des stars, ils sont peut-être millionnaires, mais ils passent à côté de leur devoir de transmission. Surtout pour Kad Merad. Si nous étions dans un dîner de cons, je pense que Pierre Arditi,  Jacques Weber, Fabrice Luchini, André Dussollier s’il était encore là, et moi, on lui expliquerait qu’il serait le roi des cons s’il passait à côté de ça dans sa vie…

 

 

Quels est aujourd’hui votre prochain défi ?

F H : C’est avoir un lieu. Avoir un lieu où pendant dix ans nous pourrons construire une grande troupe, construire un grand répertoire. Et construire un avenir. J’ai de grandes idées. Et si je n’y parviens pas, j’arrêterai le théâtre dans deux ans. C’est sûr et certain.

 

 

Pour conclure, si vous deviez distiller une bonne parole, quelle serait-elle ?

F H : Vous avez le pouvoir, ne le lâchez pas !  

 

 

 

 

 

 

 

 

ADEKWA Avocats - Francis Huster

 

 

Portrait Chinois

 

 

Votre plus grande fierté ?

La fierté de n’avoir jamais arrêté !

 

Votre plus grand regret ?

Me détourner de ma vie pour pouvoir

la réussir dans mon métier.

 

Votre devise préférée ?

N’abandonnez jamais, ne renoncez à rien !

 

Une personnalité qui vous inspire ?

Molière.

 

Un air de musique ?

La Marseillaise, épurée de ce scandale d’y laisser « qu’un sang impure abreuve nos sillons », pour le remplacer par « qu’un sans ennemi abreuve nos sillons ».

 

Un mot juste ?

Vérité.

 

Un mot qui tue ?

Soumission.

 

Un mot qui guérit ?

Dignité.

 

Un juron d’exception ?

Faux-cul !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AUDIENCE #7 by ADEKWA Avocats 01

 

AUDIENCE #7

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ADEKWA Avocats

Cabinet d’avocats

Lille  –  Douai  –  Valenciennes  –  Bordeaux