Travail et Congés : Petite histoire des grandes vacances (par Victor Mollet, ADEKWA Avocats Lille)

 

 

 

Les vacances telles que nous les connaissons aujourd’hui sont intimement liées à l’évolution de notre législation, avec, comme point de départ l’apparition des congés payés il y a près d’un siècle. D’épiphénomène, la notion de vacances s’est peu à peu transformée en véritable exode de masse. Retour sur un phénomène qui n’a cessé d’évoluer d’année en année.

 

 

ADEKWA Avocats Lille - Petite Histoire des Grandes Vacances 01 - Victor Mollet

 

 

|  par Victor MOLLET, Dircom ADEKWA Avocats  |

Directeur de la Rédaction d’AUDIENCE

 

 

 

Au nom de la loi. Les vacances, aussi agréables, paisibles et appréciables soient-elles, ne sont pas tant une faveur accordée par l’entreprise au salarié qu’une obligation prévue par le code du travail. « Tout salarié a droit chaque année à un congé payé à la charge de l’employeur », rappelle le code du travail (art L. 3141-1 C.Trav.). Ainsi, tout individu, quels que soient la durée de son contrat (CDI, CDD, intérim), son temps de travail (plein ou partiel) et son ancienneté ; a droit à des jours de congés payés par son employeur. De la sorte, le salarié acquiert 2,5 jours par mois de travail effectif dans la même organisation, soit trente jours ouvrables (cinq semaines) pour une année complète d’exercice. La règle s’applique aux salariés du secteur privé ainsi qu’aux établissements publics à caractère industriel et commercial et peut faire l’objet d’adaptations dans certains corps de profession.

 

Notons que ce droit à congé présente un caractère impératif, non seulement pour l’employeur, mais également pour le salarié. Dans cette optique, l’employeur doit veiller à prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre au salarié d’en bénéficier (art R. 3143-1 mod. C. trav.). Le salarié a lui le devoir de prendre ses congés, faute de quoi il ne pourra réclamer quelque indemnisation que ce soit. En cas de litige, c’est à l’employeur de prouver qu’il a bien satisfait à ses obligations. À défaut de respecter ces dispositions légales et réglementaires, l’entreprise est passible d’une amende contraventionnelle de cinquième classe pouvant atteindre 1 500 euros, et appliquée autant de fois qu’il y a de salariés concernés.

 

Passée cette étape sans encombre, le salarié peur alors vaquer à ses occupations et, comme l’invite la jurisprudence récente, se reposer et prendre soin de sa santé. Une invitation à la flânerie et au répit qui n’a pas toujours été le mot d’ordre mais qui a pris lentement essence, aux travers de quelques dates et moments clés, de Napoléon à la récente ubérisation, en passant par les accords de Matignon…

 

Les premiers congés payés ont été institués en 1853, par un décret de l’empereur Napoléon III. Cet avantage ne concernait toutefois qu’une caste de privilégiés, puisqu’instaurés seulement au bénéfice des fonctionnaires. L’idée de vacances payées naît dans la société des années 1920, avec quelques initiatives éparses, mais ne constitue alors qu’une grande utopie. Sous l’impulsion de son directeur technique Jean-Jacques, syndiqué de longue date, le quotidien L’Information octroie par exemple des vacances payées à son personnelle dès 1922. Une véritable révolution. Léon Blum, chroniqueur pour le journal est séduit par cette initiative « d’être payé à ne rien faire ». La société commence à prendre conscience de l’opportunité qui est en train de germer.  

 

Bien que cette revendication ne soit encore qu’en gestation, la victoire du Front Populaire aux élections législatives de mai 1936 change la donne et bouleverse le cours de l’histoire. Les salariés s’approprient ce sujet et n’hésitent pas à battre le pavé. L’évolution des mœurs est en marche. Près de deux millions de travailleurs participent à un large mouvement de soulèvement à travers toute la France, bientôt qualifié de « grèves joyeuses ». Un mouvement social qui paralyse le pays et donne naissance à l’ouverture de négociations avec le patronat, sous la tutelle du gouvernement. Dans la nuit du 7 au 8 juin de cette même année 1936, les accords de Matignon sont signés. Une fois n’est pas coutume, le texte législatif est court et simple. La loi s’applique à tous les salariés liés à un employeur par un contrat de travail. Les conventions naissent et, avec elles, les congés payés minimum obligatoires, portés alors à quinze jours. Cette durée est portée à trois semaines en 1956, à quatre semaines en 1969, et enfin à cinq semaines en 1982. Cette évolution rapide change radicalement la vie des salariés et conduit à la naissance des vacances modernes et de l’industrie du tourisme.

 

 

 

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Au Moyen Âge, une certaine forme de « vacances » existait déjà, à l’orée de l’été, lorsque les universités fermaient pour permettre à tous, étudiants compris, de subvenir à la saison des moissons et travailler aux champs. Au XIXe siècle, c’est l’aristocratie et la bourgeoisie d’Europe occidentale qui s’adonnent à la villégiature, en rejoignant des résidences secondaires pour goûter aux bienfaits du vent marin ou du climat montagnard. La promenade des Anglais est baptisée. Le romantisme est à son apogée. Mais c’est véritablement avec l’arrivée des congés payés que les vacances se démocratisent et deviennent « grandes ». Dès l’été 1936, 600 000 personnes s’offrent un départ en vacances. Les gares sont bondées, les trains pleins à craquer, les parents à la fois stressés et excités… Sur les côtes, des milliers d’ouvriers arrivent et déambulent pieds nus, en marcel, sur les plages ensoleillés. « La France a désormais une autre mine et un autre air. Le sang court plus vite dans un corps rajeuni… Tout fait sentir qu’en France la condition humaine s’est relevée », se réjouit Leon Blum. D’innombrables foyers découvrent la mer, les joies du camping improvisé en famille et leurs toutes premières vacances sans perte de salaire. La bourgeoisie est offusquée et s’indigne de ces « salopards en casquette » qui viennent « polluer » leurs plages. L’année suivante, on dénombrera près de deux millions de vacanciers. Chacun s’approprie peu à peu les codes des vacances. Le professeur rencontre la vendeuse. Le métallo randonne aux côtés du médecin. Le temps d’un séjour, les catégories sociales et divergences culturelles s’estompent. Hormis durant la seconde guerre mondiale, le phénomène ne cessera de s’amplifier. Les années 1960 marquent l’âge d’or des vacances. Avec dix semaines, la durée des vacances scolaires atteignent leur apogée. Pour échelonner les départs et arrivées, trois zones géographiques sont instaurées. Les grandes stations balnéaires se développent. Les villages vacances fleurissent. Les destinations touristiques s’emparent du marketing et la de la publicité pour promouvoir leur territoire.   

 

 

 

Aujourd’hui, les vacances ne sont plus seulement estivales, mais éclatées tout au long de l’année. Avec l’apparition des longs courriers et plus encore avec les vols low cost, le soleil paraît accessible 365 jours par an. Les agences de tourisme n’ont plus le vent en poupe. Les nouveaux vacanciers scrutent Airbnb, leboncoin, et même les sites de couchsurfing, pour dénicher la meilleure offre et convenir de leur lieu de résidence éphémère. Le marché des vacances est lui aussi est uberisé.

De nos jours, les vacances riment avec selfies et frénésie. Des vacances où chacun semble autant soucieux de profiter pleinement de l’instant que de le partager en instantané, souvent filtré, via instagram ou snapchat, à ses multiples abonnés. Une évolution qui épouse les progrès techniques et technologiques des dernières décennies. Comme le monde, le tourisme a changé. Les aspirations de détente, de flânerie, de quiétude et de jouissance, des vacanciers, elles, restent les mêmes. En définitive, comme le dit si bien l’écrivain et humoriste américain Robert Orben, « Être en vacances, c’est n’avoir rien à faire et avoir toute la journée pour le faire ».

 

 

 

 

 

Le Saviez-vous ?

Le Congé (aussi appelé « capsule congé » ou « capsule représentative de droit ») est une capsule apposée sur une bouteille de vin ou d’alcool. En France, elle indique que les droits sur l’alcool ont été acquittés auprès de la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) et elle autorise sa circulation et sa commercialisation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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